Aider son enfant à gérer le stress de la rentrée

Aider son enfant à gérer le stress de la rentrée

Par Caroline Quarré, intervenante psychosociale (B.Sc.), conférencière et propriétaire de Service psychosocial Pas-à-Pas

POURQUOI LA RENTRÉE SCOLAIRE EST-ELLE SI STRESSANTE ?

Bien que ce qui stresse une personne n’en stresse pas nécessairement une autre, le Centre d’études sur le stress humain a identifié 4 causes universelles au stress : le CINÉ.

  • Sentiment de perte de Contrôle
  • Imprévisibilité
  • Nouveauté
  • Menace à l’Égo (les gens doutent de mes compétences ou les remettent en question)

Lorsqu’un individu rencontre une situation où l’une ou l’autre des composantes du CINÉ y est associée, il libère des hormones de stress. Ce, indépendamment de son âge, de son sexe, de son origine, de son statut socio-économique et de son statut matrimonial. Il faut savoir que ces composantes sont cumulatives. Ainsi, plus il y a d’éléments du CINÉ impliqués dans la situation, plus elle est stressante. Finalement, l’effet de l’anticipation est équivalent en termes de stress, sinon pire. En anticipant une situation, nous libérons des hormones de stress. Donc, l’enfant qui rumine face à son retour à l’école sécrétera des hormones de stress durant plusieurs jours et non seulement le jour de la rentrée.

La rentrée scolaire est très stressante pour plusieurs enfants et adolescents. Plusieurs éléments du CINÉ y sont associés. Pour certains enfants, un seul élément est associé alors que pour d’autres, ce sont les quatre. Voici quelques exemples qui vous permettront d’y voir plus clair :

  • Sentiment de perte de contrôle: Je ne peux décider des amis qui seront dans ma classe. Je ne choisis pas mon enseignant. Je ne peux pas choisir d’aller à l’école ou non. Je ne peux pas revenir à la maison si je suis inquiet ou si je m’ennuie trop de mes parents.
  • Imprévisibilité : Je ne connais pas le trajet d’autobus. Je ne sais pas comment va se dérouler la journée. Je ne connais pas les activités que nous ferons cette semaine.
  • Nouveauté: J’ai un nouvel enseignant. J’ai de nouveaux camarades de classe. J’ai une nouvelle classe.
  • Menace à l’égo: J’ai peur d’avoir à me présenter devant ma classe et que tout le monde remarque que je suis très gêné. Mes parents me promettent une surprise si la journée se passe bien, mais je ne sais pas si je serai capable de bien agir toute la journée. J’aurai un cadeau au retour de l’école si je prends l’autobus sans pleurer. Je ne sais pas si je serai capable puisque je suis trop inquiet. Et, je ne veux pas décevoir mes parents et faire le bébé.

 

AGIR SUR LE CINÉ POUR DIMINUER LE STRESS

Maintenant que vous connaissez les quatre composantes du stress, vous pouvez agir sur chacun d’eux directement.

Augmenter le sentiment de contrôle de votre enfant. Donnez-lui des choix, autant que possible. Je sais bien qu’il ne peut pas décider d’aller ou non à l’école ni de revenir à la maison s’il s’ennuie trop de vous. Toutefois, il peut choisir ce qu’il mettra dans sa boîte à lunch. Il peut choisir les vêtements qu’il portera. Il peut choisir l’ami avec lequel il prendra place dans l’autobus. Il peut choisir un petit déjeuner spécial. Il peut choisir à l’avance 2 ou 3 moyens à mettre en place s’il sent son niveau de stress augmenter (exemple : faire des respirations, demander de l’aide à un adulte). Il peut choisir l’activité privilège qu’il fera au retour de l’école pour marquer la rentrée scolaire.

Diminuer l’imprévisibilité : Pour diminuer l’imprévisibilité, le retour à la routine à la maison est de mise. Vous pouvez planifier avec votre enfant la routine du matin et même l’horaire de la semaine, et utiliser un soutien visuel au besoin (pictogramme, affiche, calendrier de la semaine). De plus, vous pouvez identifier à l’avance avec lui ce qu’il peut faire dans diverses situations : si un inconnu lui parle dans la rue sur son trajet vers l’école, s’il a un conflit dans la cour d’école, s’il est inquiet ou qu’il ne se sent pas bien, etc. S’il prend l’autobus pour la première fois, vous pouvez suivre l’autobus scolaire en voiture avec votre enfant à vos côtés pour lui montrer le trajet.

Diminuer la nouveauté : Pour diminuer l’effet de nouveauté, vous pouvez visiter le site internet de l’école pour y regarder des images de l’établissement ou des photos des membres du personnel. Vous pouvez aller jouer dans la cour d’école en soirée ou prendre une marche en passant devant le terrain de l’école. Vous pouvez faire le chemin qui mène à l’arrêt d’autobus ou à l’école avec lui, en guise de pratique.

Augmenter le sentiment de confiance en soi : Afin d’augmenter le sentiment de confiance en lui de votre enfant, misez toujours davantage sur les efforts que sur les résultats. Évitez de mettre de la pression sur votre enfant afin qu’il se comporte bien ou qu’il gère bien ses émotions (« Là, tu écoutes ton enseignant et tu es gentil avec les amis. » ou encore « Tu vas être capable de faire ça comme un grand et ne pas pleurer. ») Soyez positif et souhaitez-lui simplement du plaisir à l’école. Rappelez-lui que vous avez confiance que la journée va bien se dérouler. Vous pouvez également prévoir un petit privilège au retour de l’école, indépendamment du déroulement de sa journée, simplement pour souligner son entrée scolaire.

 

QUELQUES TRUCS SUPPLÉMENTAIRES

Accueillir les inquiétudes et les émotions de l’enfant. Lorsque votre enfant vous partage ses inquiétudes, écoutez-le et accueillez ce qu’il ressent. Surtout, restez calme. L’enfant est une éponge. Si vous lui démontrez que vous êtes inquiet par rapport à la situation, il croira qu’il a raison de l’être aussi. Cela augmentera son stress. Normalisez ses émotions et ses réactions : « C’est normal d’être inquiet en début d’année scolaire. Il y a tellement de nouveauté et de changement en même temps. » ou même « C’est normal de t’ennuyer de moi et de papa quand tu es à l’école. Moi aussi je m’ennuyais beaucoup de mes parents lorsque j’avais ton âge. Il m’arrivait même de pleurer et d’avoir besoin d’être consolée par mon enseignante. » Évitez de vous mettre en mode « solution » et de le bombarder de 1001 trucs. Votre enfant a simplement besoin d’être écouté et réconforté.

Prévoir plus de temps pour la routine du matin. Pour la première semaine minimalement, prévoyez plus de temps le matin pour vous préparer. Et ce, même si votre enfant fréquente l’école depuis plusieurs années déjà. Il est préférable de réveiller les enfants 15-20 minutes plus tôt que de courir partout, de leur mettre de la pression et de partir à l’école dans une ambiance négative. D’ailleurs, mettre de la pression sur les enfants afin qu’ils s’activent augmente son niveau de stress. Cela peut engendrer toutes sortes de comportements indésirables de leur part. Surtout, cela engendre l’effet inverse : ils ralentissent.

Favoriser l’exposition. Les personnes anxieuses ont tendance à vouloir éviter la source de stress. Toutefois, plus une personne évite une situation, plus il sera difficile d’y faire face ultérieurement. L’idée n’est pas de traumatiser l’enfant et de le lancer « dans la gueule du loup » d’un coup, mais de l’accompagner à faire face à la situation. Il est très instinctif de vouloir protéger son enfant et de le retirer de sa source de stress. Mais, le message qui lui est envoyé est négatif : « Je te retire ou j’accepte que tu te retires puisqu’il y avait réellement un danger. » Si votre enfant demande à retourner à la maison avec vous, ou même s’il fait une crise en vous suppliant de ne pas l’abandonner à l’école, ne succombez pas. Accueillez et normalisez son émotion et redirigez-le rapidement vers son enseignant ou son éducateur. Pour parvenir à s’apaiser à l’école, votre enfant doit apprendre à faire confiance à son enseignant et, surtout, avoir la certitude que VOUS lui faites confiance.

Aider l’enfant à s’apaiser quotidiennement. Plusieurs actions simples, réalisées chaque jour, ont un impact positif et significatif sur l’enfant et améliorent grandement sa gestion des émotions :

  • Passer du temps de qualité avec son enfant, à travers le jeu et le plaisir. Il est important de prendre le temps de s’arrêter, un petit 15 minutes par jour, pour être dans la relation avec son enfant plutôt que dans la tâche. Nous leur donnons des consignes, nous intervenons sur leur comportement, nous entretenons des attentes envers eux, etc. Il est important d’investir la relation autrement, à travers le plaisir. Il est important de s’intéresser à eux, à ce qu’ils ressentent, à ce qu’ils vivent. Il est primordial que l’enfant se sente aimé, inconditionnellement, pour ce qu’il est, et non pour ce qu’il fait.

 

  • Favoriser les activités qui bougent (vélo, parc, course, piscine). Les exercices permettent d’évacuer le stress accumulé durant la journée et favorisent la sécrétion de la mélatonine (hormone du sommeil). L’enfant sera davantage en mesure de gérer ses émotions après avoir bougé, sera plus détendu en soirée et s’endormira plus aisément.

 

  • Passer du temps à l’extérieur de la maison et miser sur le plein air. L’enfant a besoin de bouger, de grimper, de courir, de sauter. Lorsqu’il traverse une période plus stressante, leur niveau d’énergie peut grandir. Dans la maison, cela peut être source de conflits et de tensions. Le fait de sortir de la maison, dans la cour arrière ou encore au parc, permettra à l’enfant de dépenser son énergie dans un environnement où cela est adéquat de le faire.

Alléger votre routine. Nous menons des vies de fou et les enfants aussi. Nos horaires sont surchargés. Nous sommes habitués et nous habituons nos enfants à fonctionner dans un monde qui roule vite et où les contraintes de temps sont constantes. Selon une étude (HÉBERT, 2016), les enfants entendraient en moyenne 150x par jour (école, service de garde et maison) des consignes reliées à la pression du temps telle que : « Dépêche-toi », « On va être en retard », « Il est temps de terminer », « On prend place rapidement ». Nos cerveaux sont constamment stimulés. Par moment, permettez à vos enfants (et à vous-mêmes) de ne « rien faire » en fin de journée ou durant la fin de semaine. Ne surchargez pas vos fins de semaine d’activités de toutes sortes.

Favoriser une bonne hygiène de sommeil. Maintenir une bonne routine de sommeil est primordial afin que les enfants soient disponibles mentalement et physiquement, autant à l’école qu’à la maison. Il est alors suggéré de favoriser des activités qui bougent au retour de l’école (pour libérer leur énergie et canaliser leur stress) et d’opter pour des activités calmes après le souper. Il est fortement recommandé de diminuer le plus possible l’exposition aux écrans en soirée et de ne plus y être exposé du tout minimalement une heure ou deux avant la mise au lit. Un rideau de chambre opaque permettra de couper la luminosité (le soleil se couche encore un peu tard à ce temps-ci de l’année) et de favoriser l’endormissement.

Rappelez-vous que votre enfant n’est pas une note au bulletin. Il est important de souligner leurs progrès, leurs efforts et leur accomplissement réalisés tout au long de l’année. Éviter de mettre l’accent sur les résultats scolaires, puisqu’ils ne définissent pas votre enfant. Les résultats s’inscrivent seulement dans son parcours, qui en est d’ailleurs qu’à son commencement.

 

Références :

  • HÉBERT, A. Anxiété : La boîte à outils, Ottawa, Édition de la Mortagne, 2016, 175 p.
  • LUPIEN, Sonia. 2010. Par amour du stress. Montréal : Éditions au Carré, 274 p.

 

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