Maman, ce n’est pas de ta faute! Les fameuses “crises” au retour de l’école ou de la garderie.

Maman, ce n’est pas de ta faute! Les fameuses “crises” au retour de l’école ou de la garderie.

Par Caroline Quarré, intervenante psychosociale (B.Sc.), conférencière et propriétaire de Service psychosocial Pas-à-Pas

 

On vous dit régulièrement que votre enfant est « un petit ange » à l’école ou à la garderie, alors que des cornes lui poussent dès qu’il passe le seuil de votre porte ?

Il vous arrive de craindre silencieusement son retour de l’école, puisque vous vous demandez de quelle humeur il sera aujourd’hui ?

Vous avez l’impression d’être la seule sur qui votre enfant décharge son trop plein d’émotions ?

Vous n’êtes pas la seule, chère maman, à vivre cela avec votre enfant. Rassurez-vous ! En comprenant mieux le fonctionnement du « ballon intérieur » de votre enfant, vous vous épargnerez possiblement une “crise” en fin de soirée.

 

Pourquoi l’enfant décharge-t-il sur son parent – souvent sur sa mère – au retour de l’école ou de la garderie ? Une première réponse dans la notion d’attachement …

Dès sa naissance, l’enfant souhaite entrer en relation de façon saine et sécurisante avec son donneur de soins. La première relation d’attachement qu’il crée est généralement avec la mère, celle qui a assuré la réponse à ses besoins primaires le plus souvent au cours sa première année de vie (nourrir, vêtir, offrir une sécurité affective et physique). Quoi que cela pourrait bien être le père, ou toute autre personne significative qui a pris soin du poupon depuis sa naissance. Pour faciliter la lecture, j’utiliserai le mot « mère » en référence à la figure d’attachement principale. La relation d’attachement avec la mère est la plus forte, bien que les autres soient très significatives et importantes pour le développement du bébé. L’idéal est de créer un lien d’attachement sécurisant, découlant de la qualité de la relation et des interactions avec le bébé :

  • La mère répond rapidement et adéquatement aux besoins du bébé, tant aux besoins physiques qu’aux besoins affectifs ;
  • La mère réagit rapidement aux pleurs du bébé afin qu’il ressente le moins de stress possible ;
  • La mère est affectueuse, chaleureuse et tendre dans ses interactions avec le bébé ;
  • La mère accepte son bébé tel qu’il est.

En développant un attachement sécurisant, le bébé apprend à faire confiance à sa mère. Il développe la certitude que celle-ci répondra à ses besoins lorsque nécessaire et l’aimera inconditionnellement. Cet attachement influencera d’ailleurs la qualité des relations que l’enfant et l’adulte en devenir entretiendra avec son entourage tout au long de sa vie.

 

Du fait que son lien d’attachement est le plus fort avec la mère, l’enfant se permettra de décharger complètement auprès d’elle. Il sait que, peu importe l’ampleur de ce « laisser-aller », sa mère l’acceptera et l’aimera inconditionnellement. À l’inverse, il sait bien qu’il est inadéquat de tout laisser-aller avec son enseignant, son éducateur ou sa gardienne. Avec ces personnes, l’enfant n’a pas la certitude qu’on lui offrira le même accueil et que leur amour est inconditionnel. Ainsi, au cours de la journée, il refoulera des frustrations, des inconforts et des inquiétudes … et les enfants en vivent plusieurs au cours d’une même journée! Ils rempliront ce que j’aime bien appeler « leur ballon intérieur » (voir plus bas pour la définition et l’exercice à faire avec l’enfant). Certains enfants l’offrent à papa ou à grand-maman qui l’attend au retour de l’école, d’autres attendent vraiment le retour de maman. Cela laisse croire à tort à plusieurs parents que la mère a plus de difficulté à « gérer » les comportements de l’enfant ou même que le père utilise des techniques d’intervention plus efficaces.

 

Bref, l’enfant offre son « ballon des émotions » plus facilement à sa figure d’attachement principal, soit généralement sa maman. Une belle preuve d’amour, non?

 

Qu’est-ce que le « ballon intérieur » de mon enfant ?

Prenez un ballon de fête. Imaginez que chaque petite frustration, chaque inconfort et chaque mécontentement de votre journée remplit ce ballon avec de l’air. Plus l’inconfort est grand, plus la quantité d’air envoyée dans le ballon l’est aussi. Certaines journées, le ballon se remplit plus vite que d’autres, non ? Bien, ce ballon prend une place réelle dans votre corps et interfère avec votre fonctionnement quotidien. Ce n’est pas drainant de composer avec un collègue fatiguant durant toute une journée ou un patron toujours sur votre dos ? Si c’est le cas, cela vous fait probablement du bien au retour du travail d’aller faire du sport, de prendre une marche avec le chien ou d’en parler avec une personne de confiance. En fait, ces actions vous permettent de réguler et tempérer vos émotions et vous assurent une meilleure fin de journée. Cela est pareil pour l’enfant !

 

Avec l’enfant, je lui présente « son ballon intérieur » en lui offrant un ballon de fête. Je lui demande ensuite de le gonfler, par petit coup, en me nommant toutes les choses qu’il n’a pas appréciées de sa journée : je me suis levée trop tôt, ma « toast » ce matin était coupée en quatre alors que je le voulais coupée en deux, mon ami n’a pas voulu jouer à mon jeu à la récréation, je n’aime pas faire des mathématiques, mon parent est arrivé en retard au service de garde, mon frère m’achalait dans l’auto au retour de l’école, etc. Je sais, la liste peut être longue. Mais, ce n’est pas à moi de juger si ces choses sont pertinentes ou non ou si elles suffisent ou non à faire gonfler le ballon. L’enfant seul le sait, l’enfant seul l’a vécu ainsi. Je lui demande finalement d’attacher son ballon. Je lui mentionne alors ceci : « Tu vois, certaines journées, le ballon est plus gros que d’autres. Certaines journées, on pourrait remplir le ballon au point où il ne s’attachera plus, au point où il éclaterait. Mais, dans tous les cas, nous pourrions trouver des moyens pour le faire dégonfler tranquillement. »

 

Cet exercice permet à l’enfant de visualiser son « ballon intérieur ». Cela lui permet de mieux identifier la façon dont il se sent, de mieux cibler ses émotions. Par exemple : « Lorsque mon ballon est tout petit, je me sens heureux, j’ai de l’énergie et je suis enthousiasme. J’ai envie de faire plein de jeux. » ou encore « Lorsque mon ballon est très gros, je me sens irritable, je ressens de la colère et je n’ai pas envie de parler. » Cela lui donne également un outil pour gérer ses émotions et mettre en place des techniques de retour au calme. Lorsque l’enfant a bien saisi l’exercice du ballon, nous pouvons regarder ensemble des techniques pour l’aider à décharger adéquatement son ballon.

 

Dans la réalité, chère maman, ce ballon vous explose parfois au visage. Parfois, il explose d’un seul coup, de façon soudaine, comme une bombe. Le ballon était saturé et un petit événement que l’on juge anodin suffit à le faire éclater. L’enfant fait alors une « crise ». Parfois, il se décharge sur vous au compte goûte, ce qui rend la soirée exécrable : altercations dans la fratrie, opposition, obstination, négociation, nombreuses interventions, autres. Dans tous les cas, l’enfant cherche à réguler ses émotions. Cette explosion, ces écarts comportementaux, sont l’expression d’un réel besoin : celui d’être apaisé et accompagné par l’adulte.

 

Voici quelques conseils pour aider votre enfant à gérer régulièrement et efficacement son « ballon intérieur ».

  • Passez du temps de qualité avec votre enfant le plus souvent possible. Faire une activité de 10-15 minutes avec votre enfant : une activité de son choix (aucun appareil électronique) où les interventions comportementales sont limitées. Le but ? Avoir du plaisir avec mon enfant et lui démontrer que je l’aime pour la personne qu’il est. Choisissez tout de même une activité qui vous plaît, sans quoi l’enfant pourrait ressentir votre inconfort et croire à tort qu’il en est le responsable. Favoriser une activité qui assure des échanges verbaux, visuels et physiques. Encadrez ce moment d’une minuterie ou annoncez-lui la durée de l’activité, si nécessaire. Cela limitera sa déception lorsque ce sera terminé et facilitera la transition vers la prochaine activité.
  • Pour élever ce premier conseil à un niveau supérieur : favorisez des activités sportives. Cela est d’ailleurs très efficace pour la gestion du stress : vélo, patins à glace ou à roulette, glisser sur la neige, faire des courses avec notre enfant (en saut de grenouille, à la course, autres), faire des jeux de bataille, aller jouer au parc, autres
  • Enseignez-lui des techniques de relaxation lorsqu’il est calme : respiration bedaine (respirer une fleur tranquillement / souffler une bougie tranquillement), contraction de Jacobson (voir une séquence vidéo sur YouTube), visualisation, autres.
  • Développer son vocabulaire en lien avec les émotions.

 

Voici quelques conseils pour aider votre enfant à gérer ses émotions lors d’une “crise” :

  • Validez l’émotion de votre enfant (intervenez sur l’émotion et non pas sur le comportement) : « Je vois que tu es en colère quand tu me parles fort. », « Je vois que tu es déçu, car tu t’attendais à ce que je joue avec toi alors que je dois préparer le souper. »
  • Normalisez l’émotion de votre enfant : « C’est normal d’être déçu quand tu croyais que je pourrais jouer avec toi alors que je prépare le souper. » ou encore « C’est normal d’être en colère lorsque ton frère prend ton jouet sans te le demander. ». Surtout, évitez de minimiser l’émotion ou la situation (« Ce n’est pas si grave, n’ait pas de peine pour ça! ») ou encore de l’invalider (« Non, on ne se fâche pas pour ça! »). L’émotion est réelle, normale et présente. L’enfant doit apprendre à la reconnaître et à la gérer.
  • Invitez votre enfant à gérer son émotion. À noter que les enfants ont BESOIN de la présence de l’adulte pour gérer leurs émotions dû principalement à l’immaturité de leur cerveau. Exemples : « Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour t’aider à diminuer ta colère? », « Que peux-tu faire maintenant pour que la tristesse soit moins grande dans ton ventre? »
  • Proposez-lui des stratégies de retour au calme : respiration, prendre une pause dans une autre pièce avec vous, donner un câlin, faire un dessin, serrer un toutou contre lui, flatter son chien, écouter de la musique, autres.
  • Accompagnez votre enfant dans son retour au calme. Soulignez les efforts qu’il a faits pour gérer son émotion et mettez en lumière les actions choisies qui lui ont permis de reprendre le contrôle.