La gestion des écrans durant l’été : 4 astuces pour y arriver

Par Caroline Quarré, intervenante psychosociale (B.Sc.), conférencière et propriétaire de Service psychosocial Pas-à-Pas

 

« Encore cinq minutes et tu fermes ton Play Station ! Ça fait déjà une heure que tu joues à ça. »

« Cela fait trois fois que je te demande d’éteindre ton ordinateur. Je vais l’éteindre si tu ne le fais pas. »

« Il fait beau aujourd’hui. Pas de jeu d’écran cette après-midi. Va jouer dehors. »

« C’est plate, je n’ai rien à faire. Je veux la tablette. »

« Yééé, il pleut! Je peux donc jouer à l’ordinateur. »

 

Vous avez déjà entendu ces phrases dans votre maison ? C’est le cas pour plusieurs familles !!!

Les enfants sont en vacances depuis quelques semaines déjà. Les demandes pour utiliser leur(s) appareil(s) électronique(s) explosent, surtout lorsque les enfants ne sont pas en activité. Pour la plupart des familles, les règles concernant leur utilisation sont plus flexibles durant la saison estivale : plus de temps d’utilisation en cas de pluie, délai prolongé en matinée et en soirée, utilisation permise après une période de jeux dehors, outils de « détente » de fin d’après-midi, permission spéciale lorsque les parents reçoivent des amis à souper, etc. Cette gestion peut cependant devenir complexe, voire conflictuelle.

 

Pourquoi les enfants aiment-ils autant les écrans ?

 

Il faut d’abord se rappeler que les enfants vivent dans le moment présent et ont pour objectif premier de s’amuser. Se couper d’un plaisir est un processus complexe et difficile pour eux, menant parfois à des comportements inadéquats. Lorsqu’ils sont sur un appareil électronique et qu’ils en retirent du plaisir, cela peut devenir difficile de le fermer et d’avoir à se chercher une autre activité. Certains ne savent pas quoi faire et ont l’impression qu’ils vont s’ennuyer. Ils ne veulent donc pas en démordre et sont prêts à s’opposer, négocier et argumenter pour étirer la période d’utilisation. D’où l’importance de leur apprendre à tirer du plaisir dans d’autres activités et de développer leur créativité et leur imagination dans le jeu. (Voir les conseils plus bas)

 

Ensuite, en période scolaire, et parfois même durant l’été, les enfants sont habitués aux horaires bien organisés. Au fil du temps, cela a pour conséquence de leur créer un inconfort lors des moments d’ennui ou lorsque rien n’est planifié. Cet inconfort peut se traduire en une forme d’angoisse. Ils demandent alors l’attention de l’adulte : « Je n’ai rien à faire, c’est plate! », « Je ne sais pas quoi faire! » ou encore « Je veux aller quelque part! ». Cela n’est évidemment pas toujours possible, et même si cela l’était, le parent n’a pas à entretenir constamment son enfant comme un G.O. Les appareils électroniques deviennent alors une solution fort intéressante pour eux. Ils ont pour effet de « geler » l’angoisse et de combler rapidement le vide. Toutefois, ce sentiment revient aussitôt que l’appareil s’éteint. Ceci pourrait d’ailleurs contribuer à développer une forme de dépendance.

 

De plus, les appareils électroniques sont également vraiment TRÈS stimulants. Leur attention est mobilisée par des effets sonores, des jeux de lumière, des images captivantes, des couleurs flamboyantes et autres. Rien dans la vie réelle n’équivaut à ce niveau de stimulation. Il est alors compréhensible que l’enfant en devienne « accro » et en redemande. Il est alors d’autant plus important de limiter son utilisation, puisque l’enfant ne le fera pas de lui-même.

 

L’idée n’est pas ici de bannir les appareils électroniques de vos maisons. Ils sont intéressants pour plusieurs choses (développer des connaissances, faire des recherches, se divertir, consulter de la musique, développer sa créativité et de nouvelles compétences, autres) et nous facilitent la vie à certaines occasions (il faut être honnête quand même!). Voici donc quelques conseils pour vous aider à gérer les écrans dans vos maisons durant l’été.

 

1. Diminuer la tentation

Qui n’a pas envie de manger une part de gâteau lorsqu’elle se trouve directement sous son nez ? Pas moi! Sortiriez-vous le dessert sur la table de cuisine en même temps que vous servez le repas à vos enfants ? JAMAIS. Dans les deux situations, la tentation est trop forte! Cela est le même principe pour les jeux vidéo ou les appareils électroniques. Plus ils sont accessibles, disponibles et visibles, plus cela devient tentant pour les enfants (et les adultes!) de les utiliser. Vous pouvez alors simplement ranger les appareils (iPhone, iPad, tablette, portable) à un endroit où l’enfant n’a pas rapidement et facilement accès (haut d’une armoire, mallette de travail, bureau de travail, autres). Les consoles de jeux (Play Station et compagnie) peuvent aussi être débranchées et rangées après leur utilisation. D’ailleurs, il est beaucoup moins complexe d’aider l’enfant à se trouver une autre activité lorsqu’il n’a pas l’appareil déjà dans les mains en vous suppliant de le laisser y jouer.

 

2. Imposer une limite de temps quotidienne « de base »

Tout d’abord, le parent peut déterminer une limite de temps quotidienne pour l’utilisation des appareils électroniques (ordinateur, tablette, iPad, iPhone …). Cette limite de temps peut être influencée par différents facteurs : âge de l’enfant, réactivité de l’enfant devant les écrans ou après une période d’utilisation, nature de ses activités quotidiennes, temps passé à jouer dehors, temps passé en interaction avec d’autres personnes (amis ou famille), etc.

Une fois cette limite de temps déterminée, le parent doit la partager CLAIREMENT avec son enfant. Ils peuvent décider ensemble de la façon dont cette limite de temps sera gérée chaque jour. Par exemple, si la limite quotidienne est fixée à 60 minutes, l’enfant pourrait avoir l’occasion de la découper en plusieurs petites périodes : deux périodes de 20 minutes et deux périodes de 10 minutes. D’autres petites règles pourraient s’ajouter. Par exemple, lorsqu’une période est utilisée, elle ne peut plus l’être à nouveau avant le lendemain. Ou encore, si la période de 60 minutes n’est pas utilisée pleinement au cours d’une même journée, elle ne pourra pas être utilisée une autre journée.

Finalement, dotez-vous d’une minuterie visuelle pour gérer ce temps. Les minuteries permettent aux enfants de mieux se représenter le temps et de développer leur autonomie dans la gestion du temps. De plus, ils ont pour effet de diminuer l’argumentation entre le parent et l’enfant lorsque la période est écoulée : ce n’est pas le parent qui annonce la fin de la période d’utilisation, mais la minuterie.

Bien sûr, il peut y avoir des exceptions. Le temps de pluie, les visites chez mamie ou encore les soirées à la maison entre adultes ou autres peuvent devenir des moments où les parents ont envie d’étendre la période d’utilisation des appareils électroniques. Et cela est bien correct. L’idée est simplement que tout ne devienne pas une exception puisque l’enfant saura vous le rappeler : « Mon ami est venu jouer à la maison aujourd’hui. Est-ce que je peux jouer plus longtemps sur ma tablette ? Mais, juste pour aujourd’hui. » Vous avez également le droit de ne PAS permettre d’exception. L’enfant se verra alors forcé de se trouver des activités durant les temps de pluie ou lors des visites chez mamie. Il pourra ainsi développer sa créativité et son imaginaire, choses si importantes! Il est alors de votre responsabilité d’assumer votre décision de parent : vous êtes le parent, vous savez ce qui est le mieux pour votre enfant. Et parfois, le mieux pour notre enfant est décevant pour lui.

La clé du succès pour ce premier conseil : la constance. Lorsque la période de temps limite est atteinte, c’est terminé !

 

3. Créer une banque d’activités avec l’enfant pour les temps de pluie ou d’ennui

Afin que l’enfant soit en mesure de s’occuper par lui-même plutôt que sur un appareil électronique durant les temps de pluie ou lorsqu’il n’est simplement pas possible de sortir jouer dehors, créer avec lui une banque d’activités. Premièrement, vous pourriez recenser AVEC LUI quelques activités QU’IL TROUVE intéressantes : bricolage, casse-tête, Lego, dessin, pâte à modeler, lecture, fabrication de marionnette, inviter un ami, autre. Ensuite, vous pourriez trouver des images ou pictogrammes qui représentent ces activités. Finalement, vous les collez sur un carton. Lorsque l’enfant s’ennuiera, vous pourrez le rediriger vers cette banque d’idées. Cela vous évitera alors de faire des pieds et des mains chaque fois pour lui trouver une activité avec laquelle s’occuper.

Vous le redirigez vers sa banque d’idées et il vous mentionne que rien ne lui tente et que tout est « plate » ? Invitez-le à aller se reposer ou à profiter de ce moment où rien n’est planifié. Rappelez-lui que cela est une chance d’avoir des moments comme ça. Il finira par se trouver quelque chose à faire, n’ayez crainte. Il ne restera pas 75 minutes de temps à regarder les mouches voler. Rappelez-vous simplement que plus vous faites d’effort pour lui trouver une activité, moins il en fera lui-même. L’humain est ainsi !

 

4. Gérer les moments d’ennui : permettre à l’enfant de développer son imagination et sa créativité

Les moments d’ennui sont bons pour les enfants. Ces moments les poussent à développer leur créativité, à s’activer, à user de leur imagination et à développer leur autonomie.  Ils sont obligés de chercher une activité pour sortir de l’inconfort créé par l’ennui. Lors de ces moments, vous pouvez bien sûr aider votre enfant à gérer les émotions que cela engendre :

  • Valider l’émotion, par exemple : « Je vois que tu t’ennuies», « Quand tu demandes mon attention à plusieurs reprises, je crois que c’est parce que tu trouves le temps long et que tu n’aimes pas être seul. Je me trompe? » ou « Tu es déçu que je ne puisse pas jouer avec toi en ce moment, n’est-ce pas? » ;
  • Aider l’enfant à la nommer son émotion, par exemple : « J’ai l’impression que tu ne te sens pas bien. Est-ce que je me trompe? »
  • Normaliser les émotions, par exemple : « C’est normal de trouver le temps long lorsqu’on ne fait rien. Moi aussi à ton âge je m’ennuyais par moment lorsque je ne savais pas quoi faire.» ou « C’est normal que tu sois déçu que je ne puisse pas jouer avec toi. Tu trouves le temps long, tu ne sais pas quoi faire et tu comptais sur moi pour te désennuyer. »

Toutefois, laissez alors votre enfant user de sa créativité pour trouver une activité : « Je comprends que ce soit long quand tu ne fais aucune activité. Je suis certain que tu arriveras à te trouver quelque chose à faire en usant de ton imagination. » Évitez de lui proposer plusieurs choses à faire, comme si la responsabilité de lui trouver une activité vous revenait. D’ailleurs, bien souvent, les enfants les repoussent du revers de la main puisqu’ils souhaitent que leurs parents participent activement à l’activité ou qu’ils sortent de la maison avec eux, ce qui n’est pas toujours possible. En laissant votre enfant gérer régulièrement ses moments d’ennui, il apprendra à s’occuper et à jouer davantage seul et il trouva au fil du temps des activités par lui-même.

 

En espérant que ces quelques conseils vous permettront de gérer les écrans plus facilement dans votre maison. Rappelez-vous que chacune des interventions que vous faites sera bénéfique DEMAIN. Courage!

 

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