L’enfant paresseux

L’enfant paresseux

Par Caroline Quarré, intervenante psychosociale (B.Sc.), conférencière et propriétaire de Service psychosocial Pas-à-Pas

 

Trop souvent, nous confondons les symptômes de stress comme la procrastination et le sabotage à des traits de personnalité vraiment peu flatteurs : paresseux, insouciant, capricieux, lâcheur. En plus de ne pas reconnaître le besoin de l’enfant derrière ce symptôme en utilisant ces qualificatifs, cela est très nuisible pour son développement. Au fil du temps, les reflets négatifs de l’adulte à l’égard de l’enfant peuvent influencer négativement ses comportements et attitudes. Ils peuvent même les provoquer.

L’effet de pygmalion est en un bon exemple. On peut aussi parler « d’autoréalisation des prophéties » ou de l’effet placebo.

Lorsque je pose une étiquette à une personne, j’entretiens des attentes envers elle qui correspondent à l’étiquette et non pas à sa personne globale. Si je trouve Sophie paresseuse, je m’attendrai à ce qu’elle ne s’active pas lorsque je lui demande de participer aux tâches dans la maison. En l’interpellant, j’adopterai une attitude qui correspond à l’étiquette. Je m’adresserai à elle en prévoyant qu’elle refuse de s’activer. Avant même de savoir si elle le fera ou non, je serai prête à réagir à son refus. La formulation de ma demande en témoignera : « Sophie, j’aimerais que tu fasses la vaisselle pour une fois. Ce n’est pas toujours aux autres de tout faire dans la maison. »

Cette attitude suffira à influencer négativement le comportement de Sophie. Devant une telle affirmation, il est probable qu’elle se sente menacée et qu’elle adopte des comportements de fuite ou d’attaque que vous interprèterez comme des comportements « dérangeants » : faire de l’écoute sélective, ignorer la demande, négocier, argumenter, refuser la tâche, etc. Ces comportements sont néanmoins bien plus le reflet du malaise provoqué par la situation que de sa personnalité elle-même. Or, la réaction de Sophie confirmera l’étiquette : elle est paresseuse.

Sophie développera alors des réactions lors des demandes qui donneront raison à son étiquette. Elle choisira peut-être même d’y correspondre. Il est beaucoup plus facile de « choisir » d’être paresseuse que de tenter de défendre notre égo en prouvant aux gens que nous ne le sommes pas.

La procrastination est fréquente en contexte de stress et permet d’une certaine façon à l’individu de se préserver le plus longtemps possible d’un malaise psychologique. L’individu, dans ce cas-ci l’enfant, fait tout pour repousser le moment où il devra se mettra à la tâche. Cette tâche peut lui sembler menaçante pour différentes raisons. Elle peut sembler difficile, longue, ennuyeuse, interminable, etc.

Plutôt que de supporter l’inconfort psychologique induit par la tâche, l’enfant fait tout pour la repousser le plus possible. Il trouvera donc toutes sortes de prétextes pour ne pas s’y mettre. Tout à coup, il préférera faire le ménage de sa chambre que vous lui demandez depuis plusieurs jours plutôt que de faire son devoir. Il tiendra mordicus à terminer sa partie de jeu vidéo ou son émission avant d’ouvrir ses livres. Ou encore, il aimera mieux « niaiser » et déranger ses camarades de classe plutôt que de s’activer devant son exercice de français.

Pour ma part, je suis la spécialiste de la procrastination. Lors de la période de déclaration des impôts entre autres, ma maison brille comme jamais ! Lorsque je dois appeler un proche pour lui demander un service et que cela me gêne, je réalise toutes les tâches qui figurent sur ma « To do list » depuis plusieurs jours (laver les plaintes, changer les batteries de la veilleuse de ma fille, ranger les vêtements en prévision du changement de saison …). Je me rappelle avoir été comme cela en tant qu’étudiante aussi. J’attendais toujours à la dernière minute pour commencer un travail qui me demandait un effort considérable.

Le sabotage, quant à lui, reflète le désir de se sortir rapidement d’une situation inconfortable. Les adultes attribuent souvent à tort ce symptôme à de la paresse.

Un enfant qui perçoit la tâche comme menaçante peut tenter de se libérer de l’inconfort induit en la sabotant. Alors que cela lui avait tout pris pour débuter son devoir par exemple, il le réalise maintenant de façon grossière et rapide, sans s’appliquer. La rapidité prime sur la qualité. À la grande frustration des parents. Je vous l’accorde que de cette perspective, ces comportements peuvent être frustrants pour l’adulte qui l’accompagne et qui ne comprend pas le besoin caché derrière.

L’enfant qui vit des défis relationnels peut également saboter ses relations. Plutôt que de prendre le risque de se rendre vulnérable devant l’autre et de risquer que le lien se brise un jour ou l’autre, il sabotera la relation en provoquant la rupture. Il peut susciter des conflits, tester les limites au maximum, se mettre en position où il se fera rejeter. Du moins, choisir de briser une relation est plus « facile » au plan psychologique que de se faire rejeter ou d’entretenir l’idée que l’on puisse être rejeté.

Alors, devant un enfant « paresseux », prenez le temps d’observer la situation, d’observer vos demandes (formulation, ton de voix, positionnement de votre corps …) et d’observer la façon dont il réagit aux demandes. Plutôt que d’adresser son comportement « dérangeant » ou de le critiquer, demandez-vous plutôt ce qui empêche l’enfant de se mettre à la tâche. Agissez alors sur la cause et non sur le comportement de « paresse ». Rappelez-vous que son cerveau immature entraîne des réactions et des comportements que l’enfant lui-même ne comprend pas et ne choisit pas. L’indulgence est alors de mise.

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