La distanciation physique est néfaste pour la santé mentale de nos jeunes

La distanciation physique est néfaste pour la santé mentale de nos jeunes

 

 

Par : Caroline Quarré, intervenante psychosociale (B.Sc.)

Date : 18 mai 2020

 

 

La distanciation physique préserve la santé physique et nuit à la santé mentale. Des répercussions inestimables à court, moyen et long terme chez nos enfants et adolescents.

Entendu en consultation cette semaine avec un adolescent :

« À la maison, c’est de la merde. À l’extérieur de la maison, c’est de la merde. C’est vraiment difficile avec mes parents. Ça me faisait du bien mi d’aller à l’école et de voir des adultes qui croient en moi et de voir mes amis qui, eux, me font sentir comme si je suis quelqu’un. »

Le retour (ou non) à l’école

Dans un FB Live au début du mois, j’abordais avec Joël Monzée, docteur en neurosciences, le retour (ou non) à l’école.

Nous discutions de toutes les mesures mises en place et de leurs impacts sur les enfants, leurs parents et les intervenants qui les accompagnent.

 

Créer des torts

Pour préserver la santé physique (objectif légitime), nous sommes en train de créer des torts considérables sur la santé mentale.

J’ai bien peur que ces torts soient de plus en plus importants – à court, moyen et long terme – si les enfants et les adolescents sont soumis à la distanciation physique encore longtemps.

Être en lien est naturel, fondamental et nécessaire pour leur bon développement.

*** Pour éviter toute mauvaise interprétation, je ne critique pas les décisions prises par le ministre François Legault ni par le docteur Arruda. Oh que je ne voudrais pas être à leur place! Ils ont tout mon respect. En aucun cas, ne lisez dans cet article que je suggère de ne pas suivre les recommandations de notre gouvernement. Je me penche sur l’impact de la distanciation physique sur la santé mentale, sans pour autant rejeter les mesures sanitaires dont je comprends le fondement. » ***

 

Les pédiatres s’inquiètent du développement affectif et social des enfants

Hier, nous pouvions lire l’entrevue que le pédiatre Jean-François Chicoine a accordé à TVA Nouvelles.

Lui, comme plusieurs de ses collègues pédiatres (il s’en fait le porte-parole), se dit très inquiet des répercussions de la distanciation physique sur le plan affectif et social chez les enfants.

Il affirme : « L’absence de partage de jouets pour les 4-5-6 ans, le fait de les voir dans un petit carré dessiné à la craie… ça ne pourra pas durer longtemps parce qu’on va en faire des morts-vivants! […] Il ne va pas falloir les isoler les uns des autres longtemps parce qu’on ne leur apprendra pas l’empathie, le partage de jouets, les conflits. On va créer une génération d’enfants-perdants. »

 

Nous sous-estimons le besoin d’amitié et la relation enseignant-élève

Au-delà des difficultés énumérées ici haut, il est super important de mentionner que le lien est fondamental dans le développement de l’enfant et de l’adolescent. Que ce soit avec les amis ou encore avec son enseignant, l’enfant et l’adolescent ont besoin d’être en lien

Le contexte actuel prive l’enfant et l’adolescent de ces relations. Cela m’inquiète.

 

L’amitié

L’amitié favorise le sentiment d’appartenance et le fait de prendre sa place dans un groupe et de s’affirmer.

Elle contribue à bâtir la confiance en soi et l’estime de soi.

Elle favorise le développement des habiletés sociales, de l’empathie et contribue aux valeurs telles que le partage, le respect, l’altruisme, la tolérance, etc.

Avec les amis, les enfants vivent des émotions et évacuent aussi beaucoup de tensions. Ils vivent l’instant présent.

Les adolescents amoureux ont besoin d’être en contact avec l’être aimé, d’explorer et de vivre cette relation.

Ils ont besoin, enfants comme adolescents, de passer du temps ensemble … physiquement ensemble.

La technologie a ses limites.

Les adultes significatifs qui font une différence. Outre les parents, de nombreux adultes contribuent significativement au développement global du jeune. Tante, oncle, grands-parents, voisins, etc., ces personnes contribuent à leur développement affectif, ne serait-ce qu’en étant l’oreille attentive dont ils ont besoin, en leur offrant une chaleur et un accueil au moment où ils en ont besoin, en participant au développement de leurs habiletés sociales et en leur enseignant principes et fonctionnement de la vie en communauté.

À l’heure actuelle, plusieurs jeunes se retrouvent isolés et privés de liens importants et significatifs qui contribuent à leur bon développement.

 

La relation enseignant-élève

Ils ont besoin d’être en lien avec un enseignant pour apprendre. L’enseignement à distance est possible – si cela est bien fait – notamment pour les (pré)adolescents. Mais, cela est un tout autre défi pour le petit qui, lui, a absolument besoin du lien et de la présence de l’adulte.

 

Répondre aux besoins affectifs des jeunes

Aujourd’hui plus que jamais, les jeunes ont besoin de soutien pour s’adapter à notre nouvelle réalité, gérer leurs émotions et le stress et développer des ressources.

Aujourd’hui plus que jamais, les parents ont besoin de soutien. D’une part, pour prendre soin d’eux. En prenant soin d’eux, ils prendront encore mieux soin de leurs enfants. D’une autre part, pour comprendre les besoins affectifs de leurs enfants et développer des stratégies d’accompagnement au quotidien pour demeurer dans l’accueil, l’amour et la bienveillance.

Aujourd’hui plus que jamais, les intervenants (enseignants, éducatrices, TES, etc.) ont besoin de soutien pour accueillir les enfants et leurs parents qui se présentent avec de nouveaux besoins affectifs.

La rediffusion du colloque virtuel « Enseigner autrement » à l’intention du personnel scolaire est maintenant disponible au coût de 30$ (taxes et frais inclus) via ce lien : https://cerveauetpsychologie.com/enseigner-autrement-colloque-virtuel/

 

Pour plus de trucs et conseils afin d’accompagner vos enfants, je vous invite à consulter mon livre « L’enfant stressé : soutenir tous ensemble l’enfant de 5 à 12 ans à l’école comme à la maison ».

 

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