3 alternatives positives à : « Arrête de faire ton bébé ! »

3 alternatives positives à : « Arrête de faire ton bébé ! »

Cette phrase dite à l’enfant de façon banale par plusieurs adultes fait preuve d’une incompréhension face au développement affectif de l’enfant.

Oui, cela arrive à l’enfant de pleurer « pour rien ». De pleurer alors qu’aucun événement significatif n’a eu lieu … du moins aucun événement que l’adulte n’a perçu. Il pleure aussi pour des choses banales. Il réagit fortement, exagérément du point de vue de l’adulte.

Oui, cela arrive à l’enfant de faire des chichis avec un pas grand-chose. Il lui arrive de « s’entêter » sur des choses que l’on juge ridicules, de s’obstiner, d’argumenter, de tenter de négocier alors que l’adulte essaie – parfois en vain – de recadrer les limites et de gérer les tempêtes émotionnelles.

Avant de vous partager trois stratégies très efficaces pour gérer les tempêtes émotionnelles de l’enfant, permettez-moi de vous expliquer pourquoi l’enfant réagit ainsi.

Pourquoi l’enfant fait-il des crises pour « rien » ?

L’enfant a un cerveau immature. Ainsi, en contexte de stress, il n’est pas capable (encore!) d’être « raisonnable » et « logique ». Littéralement, son cerveau n’est plus en mesure de se connecter au cortex (siège de la pensée logique) pour tempérer les réactions et canaliser le stress lorsqu’il vit de grandes émotions.

Ses comportements sont alors par moment impulsifs, exagérés, dérangeants, inadéquats, etc.

Bien qu’il connaisse les consignes, sache ce qui est attendu de lui, ait plusieurs outils pour gérer ses émotions, ait vécu de nombreuses conséquences par rapport à des comportements indésirables, qu’on lui ait expliqué à maintes reprises pourquoi il ne peut pas faire telle ou telle chose, en contexte de stress, il lui arrive de faire exactement l’inverse.

Tellement de situations, même des banales, déclenchent une réponse de stress chez l’enfant : lorsque qu’il se sent pressé ou qu’on lui pousse dans le derrière pour qu’il s’active, qu’il est inquiet (que cette inquiétude soit fondée ou non), qu’il vit une nouveauté, qu’on change sa routine, qu’une situation imprévue se présente à lui, qu’il se retrouve en contexte d’évaluation, qu’on lui demande de se couper d’un plaisir (exemple : fermer son jeu, rentrer de la récréation, rentrer dans la maison pour le souper, etc.) pour s’adonner à une autre activité, qu’on lui donne des consignes qui le contrarient (même si ces consignes sont tout à fait justifiées!), etc.

Pour relâcher les tensions dues au stress, le cerveau de l’enfant a absolument besoin d’être accompagné avec bienveillance par l’adulte. Les techniques de relaxation et les activités physiques seront également très favorables. Laissé à lui-même, l’enfant n’a que deux options pour se libérer de son trop-plein de stress : faire une crise de larmes ou dormir.

Au retour d’une belle activité, en voiture, les enfants dorment ou font la crise. Lorsqu’on étire un party un peu trop longtemps, les enfants dorment dans un tas de manteaux ou font la crise de bacon dans l’entrée lorsqu’on les habille. En fin de soirée, si les enfants ne sont pas mis au lit à temps, ils pleurent pour un tout et un rien et cela ne fait aucun sens.

Parfois, l’enfant n’a pas de prétexte pour pleurer. Pourtant, il a besoin de relâcher ses tensions. Il provoquera une situation qui lui permettra de déclencher ses pleurs : il pèsera sur le bon bouton, il vous sollicitera à outrance jusqu’à ce que vous vous tanniez, il fera quelque chose qui lui est interdit et cela conduira à une réprimande, il réagira comme s’il s’était cassé un membre alors qu’il se cognera à peine sur un objet, il croira qu’on lui a littéralement foncé dedans alors qu’on l’a accroché au passage, il s’obstinera sur quelque chose qui ne fait pas de sens, etc.

3 alternatives positives à « Arrête de faire ton bébé! »

Pour aider l’enfant à gérer ses émotions, développer son intelligence émotionnelle et faire grandir ses ressources intérieures, voici quelques propositions.

 

Valider et accueillir ses émotions. Cela ne veut pas dire que vous changez la consigne ou que vous revenez sur votre décision. Cela signifie d’accueillir et de reconnaître les émotions déclenchées par la situation. 

« Je comprends que tu aies de la peine. Tu es déçu que je te dise « non ». C’est normal d’avoir envie de pleurer. Je te dis non parce que … »

« Es-tu en colère? Es-tu triste? Tu pleures et tu parles fort. Je vois bien que tu ne te sens pas bien. »

Questionner l’intention de l’enfant. Nous ne savons pas toujours ce que l’enfant tente de nous dire par son comportement et ses réactivités. Parfois, nous croyons comprendre et finalement nous sommes à côté de la track. Permettons-nous d’être transparents et demandons au principal intéressé ce qu’il souhaite nous dire. Une attitude d’ouverture et de respect est primordiale.

« Lorsque tu fais X ou que tu dis X, je ne comprends pas ce que tu attends de moi. Je ne suis pas certaine de comprendre ce dont tu as besoin. J’ai besoin de ton aide. »

« Lorsque tu me dis X et que tu fais X, au fond, est-ce que tu veux me dire … (reformulation adéquate)? »

Normaliser et expliquer à l’enfant ses réactions. L’enfant ne comprend pas lui-même par moment les raisons pour lesquelles il s’écroule en larmes. Il voudrait bien adopter des comportements adéquats, mais il est envahi de tristesse, de colère, de déception, etc. Cette émotion prend toute la place. La crise de larmes permet au corps de se libérer des tensions, comme nous l’avons vu plus haut. Pourquoi ne pas lui expliquer ?

« En ce moment, ton cerveau est complètement envahi par ton émotion. Cette émotion est si grande que ton cerveau ne sait plus comment faire pour diminuer toutes les tensions que ça provoque dans ton corps. Pleurer est un moyen très efficace pour faire diminuer cette pression. Parfois, pleurer, ça fait vraiment du bien et ça nous permet d’y voir plus clair après. Parfois, on ne sait même plus trop pourquoi on pleure. On n’est pas capable de faire autrement. Je vais rester avec toi. Je sais que tu vis un moment difficile. »

Pour aider l’enfant, évitons les phrases qui blessent …

Imaginez que votre conjoint ou conjointe vous lançait « Arrête de faire ta princesse! » ou encore « Arrête de faire ta Drama Queen! » alors que vous êtes envahis par des émotions. Même si votre réaction est exagérée, que vous gérez difficilement vos émotions dues à la situation, croyez-vous que ces phrases vous aideraient à reprendre le contrôle? Non. Cela empirerait d’ailleurs la situation, provoquant possiblement une altercation.

Combien de fois « Arrête de faire ton bébé! » a fait cesser la crise de larmes ou la crise? Rarement, sinon jamais! L’enfant se sent incompris, ridiculisé aussi. Cette phrase invalide ce qu’il ressent, minimise ce qu’il vit. Elle entraîne d’ailleurs bien souvent une escalade d’intervention, car l’enfant se sent attaqué et réagit de plus en plus fortement. Alors qu’on voulait faire cesser la crise, la voilà qui augmente!

Est-ce que cette phrase permet à l’enfant de développer son intelligence émotionnelle et ses ressources pour composer avec les défis de la vie? Non, évidemment. Pourtant, c’est ce qu’on souhaite pour qu’il gère de mieux en mieux les situations qui se présentent à lui.

Cela demande alors à l’adulte de prendre soin de lui-même, de ses émotions, alors qu’il intervient auprès de l’enfant. Évidemment, le niveau de stress de l’adulte augmente lui aussi devant l’enfant qui réagit, surtout si ces réactions viennent « le chercher ». Si son stress déborde, celui de l’enfant débordera aussi. L’intervention sera alors inefficace.

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