Pourquoi « essayer d’aller mieux » t’épuise davantage?
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« Guérir, parfois, ça prend du temps. »
Cette phrase peut sembler simple, mais elle porte en elle une vérité que beaucoup d’entre nous avons du mal à accepter… moi la première par moment (ma blessure à ma hanche qui m’empêche de courir depuis deux mois).
Que ce soit une guérison physique, émotionnelle ou une situation difficile, il y a toujours un écart entre ce qu’on espère et la réalité du processus. Cet écart crée souvent de la frustration, du découragement ou un sentiment d’impuissance.
Pourtant, ce n’est pas nécessairement la démarche qui est mauvaise. C’est plus souvent la façon dont elle est structurée.
Dans toutes les sphères de notre vie — qu’il s’agisse d’une réhabilitation après une blessure, d’un deuil, de difficultés vécues par notre enfant, d’une période de stress, d’un projet ou de la réalisation d’un rêve — ce n’est pas seulement le but qui compte. C’est surtout la manière dont on organise le chemin pour s’y rendre et l’atteindre.
Une démarche inefficace peut vraiment nuire à notre capacité à atteindre un but. À l’inverse, un plan structuré et efficace peut vraiment aider à l’atteindre.
Ce qui aide et ce qui nuit au cerveau (ou à la motivation)
Le cerveau a besoin de sentir qu’il est capable d’atteindre des objectifs, de compléter des choses. « Aller mieux », « courir comme avant » ou « faire mon deuil » sont des objectifs qui semblent faire du sens pour nous, mais pas pour le cerveau. Ce genre d’objectif traduit plutôt le désir de changement ou le besoin d’arrêter de souffrir. Mais ce n’est pas un objectif, c’est un résultat. On n’agit pas sur un résultat.
Quelle est la différence entre un résultat et un objectif?
Un objectif est une action concrète que tu peux planifier, mesurer et ajuster en cours de route.
Un résultat, c’est la conséquence espérée de ces actions — ce que tu obtiens après avoir atteint plusieurs objectifs.
Le cerveau a besoin d’un objectif pour générer des résultats. C’est comme chercher un trésor sans carte : tu sais ce que tu veux trouver, mais tu ne sais pas comment t’y rendre.
Le cerveau a donc besoin de structure. Il fonctionne par petites boucles de satisfaction. Chaque petite réussite, chaque tâche complétée avec succès renforce le sentiment d’efficacité personnelle, nourrit la motivation et apaise le stress. Ce n’est pas pour rien que c’est aussi satisfaisant de cocher les tâches à notre liste!
Ces boucles de renforcement sont essentielles : elles permettent au cerveau d’associer l’effort à une forme de gratification. Plus il perçoit que ses actions mènent à un résultat concret, plus il est enclin à reproduire le comportement. Plus il veut – ou non – reproduire ces comportements.
Lorsqu’il ne voit pas de progrès ou que les objectifs sont trop grands, il se décourage rapidement. Cela augmente le stress, diminue la motivation et favorise l’évitement. C’est souvent à ce moment qu’on se surprend à dire : « Je sais que ce serait bon pour moi, mais je n’arrive pas à le faire. »
Le cerveau cherche naturellement à préserver son énergie. Il repousse ce qui demande trop d’effort ou ce qui provoque de l’inconfort sans offrir de gratification et de récompense rapide. Ce n’est pas de la paresse, c’est un réflexe de survie.
Des moyens pertinents, mais mal utilisés.
Plusieurs personnes ciblent des moyens qui les aideront à aller mieux et se promettent de les utiliser. Sauf qu’ils les considèrent comme acquis ou maîtrisés alors que ce n’est pas le cas du tout.
Ils s’engagent à faire des séances de respiration, de sport, d’écriture, de méditation. Toutefois, ils ne savent pas comment faire ça concrètement. Ils ne savent pas pourquoi c’est bon pour eux de le faire non plus. Ils ne savent pas ce qui peut vraiment être attendu de ces moyens, ce qui les pousse à avoir des attentes irréalistes face à ces moyens.
Cette phase d’apprentissage et d’intégration des moyens est un objectif en soi. Elle est vraiment souvent négligée.
Tant qu’un moyen n’est pas maîtrisé, il ne soutient pas le progrès. Il l’alourdit.
Il est plus pertinent, dans un premier temps, de se donner comme objectif d’apprendre à utiliser un moyen, avant même de viser le résultat qu’il est censé générer.
Des erreurs fréquentes qui nuisent à l’atteinte des objectifs
Voici d’autres erreurs fréquentes que j’observe, en clinique comme dans mon entourage :
- Se fixer un objectif trop grand ou trop flou, ce qui rend impossible pour le cerveau de trouver des repères concrets et observables.
- Cibler un délai trop long ou trop court pour atteindre l’objectif. Si le délai est trop long, ça décourage. Il faut alors cibler des sous-objectifs. Si le délai est trop court, c’est autant décourageant puisque ça nous met en échec.
- Ajouter trop de moyens en même temps. C’est comme empiler des bonnes intentions sans les ancrer dans le quotidien. On s’épuise à vouloir tout faire, au lieu d’avancer tranquillement dans la bonne direction.
- Ne pas inscrire les actions à l’horaire. Donc ne jamais leur faire une vraie place dans la routine.
- Ne pas documenter les progrès, en négligeant la réévaluation régulière. Ça empêche de cibler ce qui fonctionne ou pas et de se réajuster rapidement.
Il faut donner au cerveau des tâches qu’il est capable d’accomplir. En réalisant des tâches avec succès, on se sent compétent, en maîtrise… et beaucoup moins impuissant ou anxieux.
Revoir votre plan pour atteindre vos objectifs
Au fil des ans, vous avez peut-être abandonné-e des projets, des objectifs ou même des rêves pensant que c’était vous le problème ou que tout ça n’était juste pas pour vous. C’est faux : c’était la démarche le problème et vous pouvez encore agir.
Prenez le temps de revoir la structure. Simplifiez, découpez, ajustez.
Donnez-vous des étapes claires et mesurables.
Identifiez, écrivez et célébrez tes réussites, même les petites. À force d’attendre d’atteindre LE grand objectif, et d’être découragé-e rien ne se passe. Vaut mieux célébrer plusieurs petites réussites qui conduiront à l’atteinte de l’objectif que rien du tout.
La démarche est ce qui fait toute la différence. C’est elle qui détermine si l’on s’épuise ou si on avance, si on perd confiance ou si on se sent compétent-e.
Il est encore temps d’agir.
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