29 % des jeunes sous médication sans autre stratégie…
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« 29% des jeunes sous psychostimulants ne se sont PAS fait proposer de stratégies autres que la médication. »
Voici ce que rapportent les résultats de l’Enquête sur le bien-être des familles québécoises rendus disponibles mercredi dernier.
C’est exactement ce que je vois depuis des années et ce que je critique. On traite les symptômes, pas les causes. C’est exactement pourquoi investir les BASES est essentiel.
Dans cette infolettre, j’attire votre attention sur quelques données issus de l’Enquête. J’en fais mon interprétation et mes recommandations.
- usage de psychostimulants
- exposition aux écrans
- anxiété sociale
- violence à l’école
Vous êtes un parent et/ou vous travaillez auprès des jeunes? Vous devez être informés des résultats de cette Enquête et des actions à prendre pour améliorer le bien-être des jeunes et des familles. N’hésitez pas à repartager autour de vous.
Bonne lecture,
Caroline Quarré
1- USAGE DE PSYCHOSTIMULANTS (MÉDICATION)
« Au primaire, 1 enfant sur 8 consomme des psychostimulants. »
« Au secondaire, 1 jeune sur 5 consomme des psychostimulants. »
« 29% des jeunes sous psychostimulants ne se sont PAS fait proposer de stratégies autres que la médication. »
Les principales stratégies ciblées dans l’Enquête sont : techniques de relation, gestion des écrans, habitudes de sommeil, activité physique et moins de sédentarité, temps de qualité parent-enfant, activités artistiques et de loisirs, etc.
Ce sont tous les piliers de mon approche BASES en fait :
B : Bien-être de l’adulte
A : Activité physique
S : Stress et capacités d’adaptation
E : Écrans
S : Sommeil
Je l’ai vu trop souvent dans ma clinique : des jeunes sous médication pour de l’hyperactivité, de l’inattention et de l’impulsivité, avec ou sans diagnostic de TDAH.
Des jeunes qui manquent de sommeil, surexposés aux écrans, trop sédentaires et entourés d’adultes eux-mêmes épuisés.
Face aux interventions qui ne durent pas ou qui ne fonctionnent pas et face aux symptômes grandissants ou persistants, on ajuste la médication à la hausse, trop souvent sans investir les BASES.
Même avec un diagnostic résultant d’une évaluation complète (et pas d’une seule visite au médecin duquel on repart avec une prescription), investir les BASES améliore grandement le bien-être et le fonctionnement en plus d’atténuer les symptômes et les manifestations.
En 2024, l’INSPQ partageait que 25% des élèves du secondaire avaient reçu un diagnostic de TDAH. Rappelons que la prévalence de ce diagnostic dans le monde tourne autour de 7%.
Nous faisons face à un grand problème de surdiagnostic au Québec. Nous traitons les symptômes et non les causes.
2- EXPOSITION AUX ÉCRANS
« Un jeune sur quatre (26%) aurait un usage à risque ou problématique des écrans. »
« Près de la moitié des familles vivent des conflits et des tensions à la maison en lien avec la gestion des écrans, et ce même au primaire. »
« Au primaire, 21% des enfants possèdent un téléphone intelligent et 10% au moins un compte sur les réseaux sociaux. »
En 2022, une autre étude a démontré que 56,4 % des enfants de maternelle s’exposent aux écrans avec peu ou pas de supervision parentale. (Source : INSPQ, Enquête québécoise sur le parcours préscolaire des enfants de maternelle, 2022) Cela augmente grandement les risques d’un usage problématique et d’impacts négatifs.
Il est crucial de soutenir les parents en matière de gestion des écrans. Pour plusieurs familles, les écrans entrent à la maison par le biais des écoles pour les travaux scolaires et ce dès la maternelle. Pour autant, peu ou pas d’accompagnement est offert aux parents pour en faire une saine gestion et un bon encadrement.
Je ne dis pas que cette responsable incombe uniquement aux écoles. Je crois que c’est une responsabilité que l’on doit porter tous ensemble : saisir toutes les occasions d’informer et de soutenir les parents à ce sujet à l’école, à la garderie, lors d’un rendez-vous médical, lors du suivi de grossesse, etc. Le plus tôt et le plus souvent est le mieux.
Les écrans comportent plusieurs avantages et bénéfices, certes, mais aussi beaucoup de risques et d’enjeux sur le bien-être, le développement et le fonctionnement. Il faut lire Génération anxieuse par Jonathan Haidt pour en être convaincu. Pour bien encadrer les écrans et outiller notre enfant, il faut d’abord comprendre les enjeux qu’ils comportent.
Les professionnels de la santé doivent approfondir leur compréhension des enjeux reliés aux écrans afin d’améliorer leurs capacités à :
- repérer et dépister les utilisations inadéquates
- accompagner les familles à ce sujet.
3- ANXIÉTÉ SOCIALE
« 14% des enfants du primaire et 16% des enfants du secondaire présentent des manifestations reliées à l’anxiété sociale. » Le taux étant plus fort chez les jeunes EHDAA.
Pour diminuer l’anxiété sociale, il est nécessaire de développer :
- des habiletés sociales
- des habiletés de gestion du stress et de l’anxiété.
Pour les développer, il est nécessairement de s’exposer à des situations sociales hors ligne.
Plus il y a de temps passé en ligne, moins il y a de temps consacré aux relations interpersonnelles hors ligne. C’est juste mathématique comme calcul!
Lorsqu’un enfant grandit « sur les écrans » et y consacre 2, 3 ou même 4 heures par jour, ce sont des heures qui ne peuvent pas être consacrées à vivre des expériences nécessaires à son développement : relation parent-enfant, interactions sociales hors ligne, exploration de son environnement, jeu libre, temps libre (ennui), exposition aux malaises pour en développer la tolérance, exposition à des défis, exploration de stratégies pour résoudre des problèmes, etc.
Ça, ça s’appelle « le coût d’opportunité ».
Lorsqu’un enfant passe du temps en ligne, nécessairement, il ne peut pas passer du temps à faire autre chose. Il est donc très important de s’assurer que ce temps en ligne n’empêche pas les occasions et les expériences nécessaires à son bon développement.
Alors que la recommandation d’exposition aux écrans de loisirs est de 2 heures maximum par jour chez les jeunes de 6 à 17 ans, voici quelques données (ISQ, 2024):
- 49 % y passent 2 heures ou plus par jour en semaine
- 22 % y consacrent 4 heures ou plus par jour en semaine
En 2019, les ados passaient en moyenne 3,8h par jour sur des écrans de loisirs. (ISQ, 2019)
En 2021, au primaire, 44% des jeunes s’exposaient à plus de 2h d’écran de loisirs par jour (INSPQ, 2021).
Un peu plus sur l’anxiété …En 2024, l’INSPQ partageait que 20% des élèves du secondaire avaient reçu un diagnostic de trouble anxieux.
Est-ce que nos jeunes sont vraiment plus stressés qu’avant? Sonia Lupien nous dit que non dans le balado Le vrai du faux. Ils sont plus sensibles au stress qu’avant. Je vous invite à écouter l’épisode de la semaine du balado Cette semaine à l’école. Je parle exactement de ça avec Carlo Coccaro. Voir l’épisode.
Il est important d’enseigner ce qu’est réellement le stress, l’anxiété et leurs fonctions. Il faut cesser de faire peur aux jeunes en leur laissant croire qu’il n’est pas bon d’en vivre et cesser de surréagir lorsque les jeunes vivent des malaises.
Exposer les jeunes à des défis et à un certain niveau de stress est absolument nécessaire. La surprotection empêche le développement d’habiletés d’adaptation en plus d’envoyer des signaux que la situation est bel et bien dangereuse.
De plus, certaines mesures dites « d’adaptation » sont malheureusement des stratégies d’évitement que l’on renforce. Lorsque le moyen permet uniquement d’éviter la source de stress, cela n’est pas aidant et contribue à augmenter la détresse au fil du temps.
Finalement, les techniques de relaxation sont trop souvent enseignées uniquement lorsque les jeunes vont mal. Elles devraient plutôt être enseignées, pratiquées et intégrées au quotidien lorsque les jeunes vont bien, afin qu’ils puissent réellement les mobiliser en situation de stress. C’est aussi vrai pour les adultes d’ailleurs.
4- VIOLENCE À L’ÉCOLE
« 5% des élèves rapportent un faible sentiment de sécurité à l’école. »
« 10% des élèves vivent de l’intimidation ou de la discrimination fréquente. »
« 57% des élèves ont fait l’expérience d’intimidation ou de discrimination. »La violence et l’agressivité en milieu scolaire sont rapportées par la grande majorité des milieux scolaires que je côtoie. C’est un grand facteur de stress et même de détresse psychologique pour le personnel scolaire.
Le personnel scolaire n’est malheureusement pas adéquatement formé pour intervenir auprès des jeunes vivant des difficultés de comportement. Une formation de 3h ou même de 7h par année, ce n’est pas suffisant.
Les études – dont celles de Line Massé et de Nancy Gaudreau – ont démontré que les milieux scolaires profitent beaucoup plus d’un accompagnement que d’une formation ponctuelle. Un accompagnement fort efficace comporte une formation et 5 à 8 séances de réinvestissement dans l’année avec le formateur. Cela permet entre autres de :
- réinvestir les notions tout au long de l’année;
- réajuster constamment nos interventions;
- pratiquer la résolution de problèmes basée sur les défis et enjeux des participants.
En conclusion à cette infolettreIl y a beaucoup à faire et beaucoup à dire encore. Je terminerai avec un point extrêmement clair pour moi.
Tant et aussi longtemps que nous continuerons d’agir sur les symptômes et les manifestations plutôt que les causes, les défis et difficultés des jeunes – et de ceux qui en prennent soin – continueront d’augmenter.
L’hygiène de vie et les habitudes de vie, ce n’est pas très « sexy ». Néanmoins, c’est extrêmement efficace pour améliorer le bien-être et le fonctionnement des jeunes et des adultes.
Plusieurs interventions pourtant très bonnes sont mises en place et ne fonctionnent pas et ne durent pas dans le temps. Bien souvent, elles sont mises en place avant d’investir les BASES.
La santé mentale des adultes, ceux qui prennent soin de nos jeunes, est une IMMENSE priorité. Un cerveau en développement a besoin de se poser sur un adulte solide, un adulte qui va bien. Les parents ont besoin de soutien et le personnel scolaire aussi. En 2025, 50% du personnel scolaire accuse un niveau de détresse élevé et très élevé. (INSPQ, 2025)
Enseigner et investir les BASES, c’est nécessaire pour que le cerveau puisse exécuter ce qu’on lui demande de faire.
Enseigner et investir les BASES, c’est nécessaire pour que le cerveau développe et utilise son plein potentiel.
Enseigner et investir les BASES, c’est nécessaire pour que les gens sachent comment prendre soin de leur santé. Ils auront alors moins besoin de prendre soin de leur maladie/trouble/problème.
Enseigner et investir les BASES, c’est nécessaire. Point.
Pour investir vos BASES
Pour en savoir plus sur mon approche BASES, visitez mon site web.
Vous pouvez rejoindre mon programme BASES à tout moment — que vous soyez parent, intervenant ou professionnel. Il s’agit d’une formation asynchrone qui vous permet de découvrir et d’investir chacun des piliers pour vous-mêmes et les jeunes que vous accompagnez.
Vous pouvez aussi m’inviter dans votre milieu pour des conférences et des formations destinées aux élèves, aux parents, aux membres du personnel scolaire, aux intervenants et aux professionnels.
Je donne des formations sur l’approche BASES dans une grande variété de milieux. Cette approche s’adresse à tous, que ce soit dans les écoles, les centres de services scolaires, le réseau de la santé, les universités, les municipalités, les camps de jour et de vacances, les organismes communautaires, les fondations, les CPE et les garderies, les organisations et les entreprises, les premiers répondants et même l’armée canadienne.
M’inviter en formation et en conférence
Mon calendrier 2026-2027 est ouvert pour réserver des conférences et des formations.
Voici toutes les conférences et formations disponibles en 2026-2027 :
- Conférences aux élèves
- Conférences aux parents
- Formations professionnelles
- Abonnement-école (accès à tous les parents et membres du personnel)
Pour une réservation ou une demande de soumission, envoyez un courriel à info@pasapas.ca ou contactez-moi par téléphone au 514-373-9292 poste 102.
Texte par Caroline Quarré, intervenante psychosociale (B.Sc.), conférencière et propriétaire de Service psychosocial Pas-à-Pas