Développer une relation avec l’IA
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Plusieurs jeunes développent une « relation » avec l’intelligence artificielle. C’est très préoccupant.
Déjà que l’anxiété chez les jeunes est grandissante (1 jeune sur 5 au secondaire a un diagnostic de trouble anxieux) et que les habiletés sociales sont lacunières (ISQ, 2024), je suis très préoccupé par l’usage de l’IA par nos jeunes.
Cette année, j’ai rencontré plus de 3 000 élèves à travers le Québec dans le cadre de ma conférence Responsable avec mes écrans de loisirs. Je parle des écrans, des réseaux sociaux, des jeux vidéo et maintenant de l’IA.
Quand je pose ces questions en conférence, une grande proportion de jeunes lèvent la main… ou gardent la main baissée, mais rient, regardent leur voisin ou réagissent fortement :
- Qui a déjà demandé à l’IA quoi répondre à quelqu’un par texto en envoyant des captures d’écran de la conversation?
- Qui a déjà demandé à l’IA si son ami est un vrai ami?
- Qui a déjà demandé à l’IA s’il devrait laisser son chum ou sa blonde? Ou si une personne serait un bon chum ou une bonne blonde?
- Qui a demandé à l’IA dans quoi il devrait postuler au cégep?
- Qui a déjà demandé à l’IA des conseils pour se sentir mieux, gérer son anxiété ou améliorer sa santé mentale?
- Qui a déjà posé des questions sur son corps, son poids, sa sexualité ou ses parties génitales… et envoyé une photo en appui?
C’est extrêmement préoccupant.
Un robot n’est pas une relation humaine, même si tout nous laisse croire et sentir qu’on s’adresse à un humain.
L’IA est conçue pour être agréable.
Elle est programmée pour nous faire sentir compris, validés et importants.
Elle répond rapidement.
Elle se rappelle ce qu’on lui dit.
Elle nous félicite, même de lui renoter ses erreurs.
Elle nous contredit rarement, sauf si on lui demande ou qu’on le programme ainsi. Et si elle le fait, elle met des gants blancs jusqu’aux coudes et beurre épais de tous nos autres bons coups.
Même lorsqu’on lui dit qu’elle s’est trompée, sa réponse demeure très positive et valorisante.
Et c’est exactement ce qui peut devenir risqué. Cela crée de faux standards relationnels qui peuvent conduire à se désinvestir socialement.
Cela crée et renforce de fausses perceptions aussi. Cela peut créer et alimenter des biais cognitifs.
Les relations humaines sont souvent inconfortables. Elles demandent de la tolérance, de l’écoute, des ajustements, des nuances et beaucoup d’efforts.
Un humain ne répond pas toujours instantanément. Un humain n’est jamais 100% disponible, ni même le parent, le meilleur ami ou le prof.
Un humain peut être fatigué, maladroit ou en désaccord avec nous.
Un humain pose des questions, nous remet en question aussi.
Un humain nous confronte, même sur des choses qu’on s’efforce à nier ou à ne pas voir.
Déjà que plusieurs jeunes (et adultes!) évitent les interactions sociales par anxiété. Ils évitent les appels et préfèrent les textos. Ils évitent les discussions difficiles en personne.
Plus on évite ce qui nous rend anxieux, plus l’anxiété grandit.
Éviter les interactions sociales ne nous rendra jamais plus compétents et à l’aise socialement. Développer une « relation » avec un robot ne permettra pas de développer des habiletés sociales et les compétences qui y sont associées comme : l’affirmation de soi, la communication, la résolution de conflits, l’empathie, la reconnaissance des émotions et des comportements, etc. Pour développer ces compétences, nous devons obligatoirement en faire l’expérience. Ce qu’un robot n’offre pas.
Alors que se passe-t-il lorsqu’un jeune développe une impression d’attachement envers un robot qui devient plus simple, plus rassurant et plus confortable qu’une relation humaine?
Que se passe-t-il si un jeune se sent plus compris, accueilli et même aimé par son IA que par ses parents, ses amis et son entourage?
C’est une question que nous devons sérieusement nous poser collectivement en permettant aux jeunes d’utiliser l’IA comme une application parmi d’autres.
Des lois sont en élaboration pour encadrer et restreinte l’usage des réseaux sociaux et des jeux vidéo pour les jeunes afin de protéger leur bien-être, leur développement et leur fonctionnement. Ces lois ne prévoient toutefois pas l’encadrement de l’intelligence artificielle.
Il faut donc être très vigilant et conscient des enjeux et impacts entourant l’usage de l’IA avant d’en permettre un usage libre aux jeunes.
L’intelligence artificielle peut être un outil intéressant lorsqu’elle est utilisée de façon réfléchie, consciencieuse et prudente. Cela implique d’éduquer nos jeunes, de les informer, d’ouvrir la discussion et, surtout, d’encadrer et de superviser l’usage.
Plusieurs enfants du primaire utilisent l’IA, comme s’il s’agissait d’un moteur de recherche ou d’un compagnon à qui parler pour se distraire.
L’IA ne devrait jamais devenir un substitut aux relations humaines ni une référence pour prendre des décisions importantes ou prendre soin de notre santé physique et mentale.
Permettre à son enfant ou à son adolescent d’utiliser l’IA sans supervision comporte des risques importants.
Ce n’est pas un simple moteur de recherche. L’information n’est pas toujours fiable ni exacte.
L’IA peut se tromper tout en répondant avec énormément d’assurance. Il peut fournir des sources qui ne sont pas fiables. Il peut interpréter la littérature scientifique et nous présenter l’information comme une certitude.
Comme pour les réseaux sociaux et les jeux vidéo, encadrer l’usage de l’IA ne suffit pas. Le plus grand facteur de protection demeure l’éducation, les discussions et le développement de l’esprit critique autour des écrans et du numérique.
Et vous, comment utilisez-vous l’IA? Comment en parlez-vous avec les jeunes?
Texte par Caroline Quarré, intervenante psychosociale (B.Sc.), conférencière et propriétaire de Service psychosocial Pas-à-Pas