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Groupe d’élèves marchant ensemble à l’extérieur, les bras autour des épaules les uns des autres, illustrant l’amitié, les relations sociales et le sentiment d’appartenance.

Constats d’une année sans cellulaire à l’école

Caroline Quarré2026-06-19T15:01:43-04:00
Caroline Quarré Commentaires fermés sur Constats d’une année sans cellulaire à l’école
Durée de lecture : 8 minutes

L’année scolaire 2025-2026 tire à sa fin. Dix mois maintenant que les cellulaires en milieu scolaire sont interdits et les effets sont positifs :

  • Plus de socialisation entre les élèves et baisse de l’isolement
  • Plus d’activité physique
  • Plus de concentration en classe (moins de distractions)
  • Plus de participation aux activités sur les heures du dîner

Dans mon article, je vous partage :

  • un rappel des éléments en faveur de l’interdiction des cellulaires
  • des constats et témoignages en lien avec cette interdiction
  • les pistes à poursuivre pour protéger le développement de nos jeunes à l’ère du numérique
  • des extraits d’articles parus dans les journaux
  • des ressources validées pour vous soutenir en matière de numérique

Bonne lecture !


Texte par Caroline Quarré, intervenante psychosociale (B.Sc.), conférencière et propriétaire de Service psychosocial Pas-à-Pas

Retour au blogue

En faveur de cette interdiction !

Depuis plus de 18 ans, j’interviens auprès des jeunes et des familles. J’ai observé l’arrivée des écrans dans la vie des jeunes et les impacts sur leur bien-être, leur développement et leur fonctionnement. Cela m’a d’ailleurs amené à me spécialiser en prévention du numérique et à en faire un de mes champs d’intérêt principal – avec l’hygiène de vie – m’ayant conduit à former plus de 15 000 intervenants et professionnels à ce sujet depuis 2018 et à collaborer sur des projets d’envergure à ce sujet.

J’ai toujours été en faveur de l’interdiction des cellulaires dans les écoles, et ce, sans aucune ambiguïté. En voici les principales raisons. D’ailleurs, après une année scolaire à vivre avec cette interdiction, de nombreuses améliorations ont été observées pour chacun des éléments énumérés.

Assurer les interactions sociales entre les jeunes. Depuis l’interdiction des cellulaires en milieu scolaire, il y a plus d’interactions entre les élèves, mais aussi entre les élèves et le personnel scolaire. Les corridors, les bibliothèques et les aires communes sont plus bruyants et mouvementés. Les jeunes interagissent davantage entre eux, n’étant plus distraits et captivés par leur appareil.

Le développement des habiletés sociales. Il faut interagir pour développer nos habiletés sociales. Avec son téléphone, chaque personne a le nez sur l’écran, ce qui réduit considérablement les expériences et occasions sociales nécessaires au développement de compétences, comme la communication, la résolution de conflits, l’affirmation de soi, l’empathie, la coopération, la détection des émotions et des comportements, l’autorégulation, etc.

Une meilleure qualité d’attention et de concentration, donc une meilleure disponibilité aux apprentissages. La simple présence d’un appareil cellulaire affecte la mémoire de travail et fragmente l’attention. En passant les pauses à scroller les réseaux sociaux, à écouter des vidéos courtes en rafales ou encore à jouer à des jeux sur leur cellulaire, cela libère un haut niveau de dopamine dans le cerveau. De retour en classe, cela affecte leurs capacités d’attention, leur persévérance à l’effort et leur tolérance aux malaises. Cela peut également contribuer à augmenter des symptômes de stress et d’anxiété nuisibles pour la disponibilité aux apprentissages.

Le mouvement. Plus le temps d’écran augmente, plus la sédentarité augmente aussi. Le mouvement est nécessaire à notre bien-être et à notre fonctionnement. Il est nécessaire au développement du cerveau de nos jeunes. Il améliore la concentration, l’énergie, l’humeur. Le mouvement diminue également le niveau de stress et d’anxiété et l’agitation. Plus les jeunes ont d’occasions de bouger, mieux ils se portent. Depuis l’interdiction des cellulaires en milieu scolaire, les cours d’école sont plus animées, les espaces sportifs plus occupés et les participations aux activités sportives et parascolaires ont augmenté.

 

Les commentaires que j’ai reçus cette année

En donnant de la formation dans le réseau de l’éducation, je profite des rencontres que je fais pour échanger sur l’impact de l’interdiction. Bien qu’il soit encore trop tôt pour avoir des données claires sur cet impact, les observations sont sensiblement les mêmes dans les différentes régions du Québec que je visite.

De façon globale, on me dit que l’adaptation a été plus difficile pour certains jeunes, mais que ce n’est pas le cas pour la majorité. Les élèves se seraient bien adaptés.

Il y a bien sûr des interventions reliées aux téléphones (avertir de ranger le téléphone, confisquer pour la journée). Certains essaient de se cacher en utilisant leur cellulaire dans le casier, aux toilettes ou dissimulé dans le matériel scolaire. Ce serait moins pire que ce à quoi ils s’attendaient.

Les corridors, la zone des casiers, la cafétéria, les agoras et même les bibliothèques sont plus mouvementés, bruyants et vivants. Les jeunes échangent entre eux, parlent et rient.

Le taux de participation aux activités parascolaires a augmenté (sports, club d’échec, billard, etc.). Les jeunes utilisent également davantage les jeux de société qui sont laissés à leur disposition dans les aires communes.

Un enseignant du CSS des Samares me disait en formation dernièrement : « Les élèves qu’on croise dans les corridors nous sourient. Avant, ils avaient la face plongée dans leur cellulaire. »

Un jeune de mon entourage m’a dit qu’à son école, les élèves jouent maintenant aux cartes sur l’heure du dîner. Ils vont jouer au Basketball sur la cour. Ou, simplement, ils vont s’asseoir dehors pour jaser. Auparavant, les élèves se réunissaient, mais chacun était absorbé par son téléphone, passant souvent de longs moments à regarder des vidéos ou à en envoyer.

Une adolescente que j’accompagne en consultation m’a dit que l’adaptation avait été difficile au départ. Elle vit beaucoup d’anxiété et son cellulaire était sa façon de s’enfermer dans son monde et de se couper des autres durant les pauses et au dîner. Elle a dû se trouver d’autres stratégies. Au dîner, elle s’est mise à parler avec deux filles. Maintenant, elle passe les pauses avec elles. Elles vont marcher autour de l’école ou s’asseoir aux tables de l’aire commune pour jaser. Lorsqu’elle a besoin de calme, elle va à la bibliothèque avancer ses études et ses devoirs. Pour elle, son temps d’écran a aussi diminué en dehors de l’école. Le fait qu’elle ait plus de stratégies pour réguler son stress et son anxiété diminue les comportements d’évitement dans son cellulaire, dont le « doomscrolling ».

Des parents me disent que leur enfant laisse maintenant leur cellulaire à la maison.

D’autres me disent que leur enfant tient à l’apporter à l’école et l’utilise dans l’autobus. Au retour de l’école, ils veulent passer plus de temps sur leur téléphone parce qu’ils n’ont pas le droit de l’utiliser le jour. Ça amène beaucoup de négociation et d’interventions désagréables pour ces parents. Il est alors important d’instaurer un cadre défini pour l’usage des écrans à la maison, de prioriser un usage conscient, positif et constructif des écrans et d’enseigner des stratégies de régulation des écrans.

 

Des actions à poursuivre

Interdire les écrans en milieu scolaire était nécessaire. Cela dit, ça ne doit pas s’arrêter là! Plusieurs choses sont à faire en matière de prévention du numérique, individuellement et collectivement. Nous devons agir à plusieurs niveaux pour éviter de mettre de la pression uniquement sur les parents pour protéger la santé de leur enfant à l’ère du numérique. Des interventions à plusieurs niveaux doivent être réalisées : parents, jeunes, écoles, réseau de la santé et des services sociaux, gouvernement.

Les écrans de loisirs (réseaux sociaux, jeux vidéo, courtes vidéos, petits jeux ludiques, applis…) sont conçus pour capter et maintenir notre attention. Un cerveau immature y est encore plus vulnérable.

Bien qu’il y ait plusieurs choses intéressantes et positives à faire sur les écrans – ils ne sont pas que mauvais – le temps que les jeunes y consacrent est du temps qu’ils ne peuvent pas consacrer à d’autres activités et expériences nécessaires à leur développement.

La durée, le contenu consulté, le moment de la journée, la fonction pour laquelle l’écran est utilisé, l’équilibre des activités en ligne et hors ligne et l’impact sur le sommeil et l’activité physique sont tous des éléments importants à considérer pour protéger le bien-être et le développement de nos jeunes.

Voici des actions nécessaires à poursuivre pour protéger leur cerveau, leur santé globale et leur fonctionnement à l’ère du numérique :

Informer et soutenir les parents pour qu’ils puissent instaurer et maintenir un cadre et des limites à la maison en lien avec les écrans.

Former le personnel scolaire à un usage sain et constructif des écrans pédagogiques en milieu scolaire. Tout usage des écrans de travail n’est pas bénéfique ni nécessaire selon l’âge et la tâche à effectuer. Je ne parle pas ici des écrans utilisés pour soutenir les apprentissages d’un élève en difficulté. Les écrans « récompenses » en milieu scolaire sont encore bien présents et auraient tout avantage à être remplacés par d’autres types de récompenses sans écran.

Enseigner aux jeunes l’utilisation des écrans : sécurité sur Internet, citoyenneté numérique, lois sur Internet, usage de l’IA, mécanismes utilisés pour capter et maintenir leur attention, stratégies pour limiter la tentation et gérer notre temps d’écran, cyberintimidation, etc.

Former les professionnels de la santé et des services sociaux aux impacts et enjeux d’une surexposition aux écrans chez les jeunes afin de mieux questionner et évaluer leur usage dans un contexte de dépistage et d’évaluation et d’outiller les familles en cas de surexposition aux écrans. Les écrans font partie de l’hygiène de vie, tout comme le sommeil, l’alimentation et l’activité physique. L’hygiène de vie est l’élément clé du fonctionnement, de la santé et du développement.

Instaurer des lois qui encadrent l’accès aux réseaux sociaux chez les jeunes et les protègent de mécanismes utilisés pour capter, maintenir et monétiser leur attention.

 

Extraits d’articles

Voici quelques extraits d’articles intéressants parus au courant de l’année scolaire.

Des écoles constatent des effets positifs à l’interdiction des cellulaires (La Presse, 9 juin 2025

« Le ministère de l’Éducation de l’Ontario a affirmé que les parents et les enseignants estiment que l’interdiction a créé un meilleur environnement d’apprentissage.

[…] L’interdiction des téléphones cellulaires a redonné le goût du bavardage et de la socialisation entre les élèves, a-t-elle ajouté [bibliothécaire].

« Ils viennent toujours avec leurs groupes d’amis, mais maintenant, ils sont assis, ils discutent, ils rient. Ils peuvent même jouer à un jeu de société. [La bibliothécaire] était extrêmement reconnaissante envers la province d’avoir pris cette mesure. »

 

L’interdiction du cellulaire à l’école fait bouger les ados (Radio-Canada, 21 mai 2026)

« Les élèves font plus de sport, ils sont occupés. Depuis le printemps, c’est fou : le monde sort dehors, et les terrains de volleyball sont remplis tous les jours. – Malik, élève de cinquième secondaire

Si on recule d’un an, l’ambiance était bien différente, se rappelle la directrice de l’établissement, Marianne Couture. Les écrans lumineux des cellulaires étaient partout.

Il y avait quand même un bon pourcentage d’élèves qui étaient sur leurs écrans pas mal toute l’heure du midi dans la salle publique. Ils jouaient à des jeux en ligne ou ils pouvaient utiliser les réseaux sociaux, se souvient la directrice. »

 

Quatre mois après l’interdiction du cellulaire à l’école, l’impact « est majeur » (Presse canadienne, 24 décembre 2025)

« Dans ce brouhaha, des élèves s’installent pour jouer aux cartes, d’autres au ping-pong ou encore à des jeux de société. Avant, les gens étaient beaucoup sur leur téléphone et jouaient à des jeux, mais comme ils ne peuvent plus le faire, maintenant, ils jouent ensemble ou ils se parlent, explique Constance Boie, une élève de secondaire 5. 

[…]

Le constat des deux adolescentes rejoint celui de la directrice de l’école, Mélanie Lacourse, qui soutient qu’elle a observé rapidement les bienfaits de la nouvelle réglementation sur le plan de la socialisation. Ça favorise vraiment des relations authentiques entre les élèves. Tous les matins, je fais le tour de l’école et, même encore à ce jour, je constate des changements en ce qui concerne les interactions sociales, explique la directrice.

C’est un climat plus convivial et parfois, oui, plus bruyant, parce que justement, ils jasent entre eux, mais c’est formidable de voir ça ! ajoute Mme Lacourse, qui dit avoir remarqué une diminution de l’isolement. »

 

Pour plus d’outils de prévention du numérique, visitez :

www.pasapas.ca/prevention-numerique/

www.pausetonecran.com

https://leciel.ca/

https://www.alterados.org

https://cosmoss.qc.ca/matapedia/actions/boite-outils-ecrans.html

https://www.fcpq.qc.ca/action-parents/strong5-outils-pause-pour-gerer-les-ecrans-en-famille-strong/

 

Sources :

Fédération des médecins spécialistes du Québec. (2025). Mémoire présenté à la Commission spéciale sur les impacts des écrans et des réseaux sociaux sur la santé et le développement des jeunes. Assemblée nationale du Québec.

Haidt, J. (2025). Génération anxieuse. ÉDITIONS D’EUX. 486 pages.

Institut de la statistique du Québec. (2024). Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire : Résultats de la troisième édition – 2022-2023. Gouvernement du Québec.

Ponti, M., Groupe de travail sur la santé numérique. (2019). Les médias numériques : la promotion d’une saine utilisation des écrans chez les enfants d’âge scolaire et les adolescents. Société canadienne de pédiatrie.

Tremblay, T. (2024). L’utilisation des écrans en contexte scolaire et la santé des jeunes de moins de 25 ans : effets sur la cognition. Institut national de santé publique du Québec.

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